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Le rôle de l’évaluation
est déterminant dans la construction
du modèle de développement à
condition que soit reconnue la dimension politique
de l’évaluation, qui est d’abord
un débat sur les finalités de
l’activité de production, de
consommation et de distribution de la richesse (1).
Comme le rappelle Patrick Viveret, «définir
l’évaluation comme une délibération
sur les valeurs, ce qui correspond à
l’étymologie du terme, c’est
refuser de la réduire à un simple
exercice de mesure, lui-même référé
aux catégories dominantes d’un
économisme qui a coupé ses liens
avec l’éthique et le politique.
La question des indicateurs qui relève
des outils ne peut donc être l’étymologie
de celle des critères qui relève
du débat sur les fins» (2).
«Dans cette optique, les démarches
évaluatives peuvent permettre de mieux
saisir la spécificité de la
socio-économie solidaire et, notamment,
les conditions à réunir pour
que les initiatives qui s’en réclament
s’inscrivent dans un nouveau modèle
de développement contribuant à
rendre l’économie et la société
plurielles et démocratiques»
(3).
Cet objectif plus global passe aujourd’hui
par la capacité à faire évoluer
les représentations dominantes de l’économie,
des pouvoirs publics comme de l’opinion.
L’ambition des acteurs de l’économie
solidaire d’être porteurs d’un
autre modèle de développement
dépend de leur capacité à
faire évoluer les représentations
de l’économie et de la richesse
au-delà du marché et de la croissance.
L’enjeu est double : montrer en quoi
les initiatives et réseaux d’économie
solidaire procurent des bénéfices
collectifs spécifiques à la
société d’une part et
comment ils contribuent à une autre
représentation de l’économie
d’autre part. C’est pourquoi l’évaluation
de ce qui constitue la richesse d’une
société est cruciale tant sur
les critères et modalités d’évaluation
du bien commun (qu’est-ce que la richesse
d’un territoire ?) que sur les indicateurs
propres à l’économie solidaire
(Comment l’apprécier ? Comment
la mesurer?)
Types de critères et d'indicateurs
Dans ce contexte, il faut distinguer
deux types d'indicateurs, qu'ils soient quantitatifs
ou qualitatifs:
1/ Des indicateurs d'"identification"
(pour reprendre la nomenclature d'Amartya
Sen) qui tente de rendre compte de la spécificité
de l'activité, de son appartenance
à cette "autre économie"
de manière à comprendre mieux
les caratéristiques spécifiques
de la socio-économie solidaire et surtout,
quelles sont les conditions qui doivent être
réunies pour que les iniciatives qui
s'identifient à celle-ci, contribuent
à un nouveau modèle de développement,
condition pour une économie et une
société plus plurielles et démocratiques.
Basés sur l'expertise de la collectivité
impliquée dans son élaboration,
ces indicateurs doivent constituer un apport
pour une nouvelle cohérence culturelle
et de comportements à l'intérieur
des territoires. Par exemple, participation
des clients dans la prise de décicions
des Institutions de microfinances, mutualisation
des ressources qu'elles soient marchandes,
non marchandes et non monétaires dans
une communauté, etc.
2/ Indicateurs d'"agrégation"
qui permettent de comparer l'activité
économique solidaire et l'activité
dominante, rendant ainsi visible son importance
et son impact. C'est seulement de cette manière
que nous parviendrons à provoquer les
changements dans les représentations
dominates de l'économie, les pouvoirs
publics et l'opinion. Ces indicateurs peuvent
se baser à la fois sur des évaluations
participatives à partir des indicateurs
conventionnels qui existent déjà
et constituer ainsi d'intéressantes
variantes en terme d'évaluation des
activités.
Processus d'élaboration des
critères et des indicateurs
Le processus de détermination
des critères et des indicateurs doit
être en adéquation avec les finalités
sociales et le fonctionnement démocratique
généralement revendiqués
par le milieu de la socio-économie
solidaire. D’où une préférence
pour les démarches d’évaluation
participative et négociée dont
l’efficacité repose sur une réappropriation
et redéfinition du projet collectif,
des modalités de gestion et des résultats
de l’activité par les parties
prenantes et une mise en débat public
des résultats avec les pouvoirs publics
et les partenaires. Il s'agit d'éviter
2 pièges : celui de l'auto-légitimation
des acteurs à travers une auto-évaluation
fermée, celui du contrôle comptable
des pouvoirs publics et des bailleurs par
une procédure d'expertise externe.
Le processus d'élaboration des indicateurs
doit partir des pratiques et du terrain pour
qu'ils aient toute leur pertinence. Il faudra
aussi un peu de réflexion théorique.
Le processus sera donc un va et vient permanent
entre réflexion en chambre et application
sur le terrain.
Ce nouveau chantier risque, donc, d'être
un peu différent des précédents,
car il pourrait allier travail de recherche
théorique, travail de recherche appliquée,
étude de cas, et groupe d'échange,
réflexion et synthèse. De plus
le processus du chantier "Indicateurs"
sera étroitement lié avec celui
du chantier transversal "Vision"
et travaillera directement avec les chantiers
du PSES déjà identifiés
"Finances Solidaire", "Femmes
et Economie", "Commerce Equitable"
et "Monnaie Sociale", ainsi que
d'autres chantiers de l'Alliance.
Mise en débat et promotion des critères
et indicateurs
Dans toute la démarche, il faudrait
penser qu'en fin de compte les indicateurs
doivent servir la cause de la socio-économie
solidaire et convaincre les décideurs
et les institutionnels ou du moins les influencer
dans leurs propres pratiques. Cet élément
doit être pris en compte tout au long
du travail d'élaboration.
Nous vous invitons cordialement à participer
activement à ce chantier.
 |
1. Bouchard
M., Dumais L., « Rapport sur les enjeux
méthodologiques », document for
France-Quebec co-operation work on social and
solidarity economy, May 2001.
2. Viveret
P., Reconsidérer la richesse, phase report,
February 2001.
3. Bouchard
M., Bourque G L., Levesque B. with the collaboration
of Desjardins E., L’évaluation
de l’économie sociale dans la perspective
des nouvelles formes de régulation socio-économique
de l’intérêt général,
CRISES booklet n°13, October 2000.
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