Alex MacGillivray est membre de la New Economics
Foundation (
*) qui appui
la création d'indicateurs locaux participatifs
de développement durable. Il analyse leurs
impacts sur les décisions locales.
Article paru initialement dans le hors-série
n°38 de la revue Politis,
consacré au Forum Social Européen,
novembre-décembre 2003
Dans quel contexte se développent
les projets d'indicateurs locaux et participatifs
?
Au début des années 90 : Leicester,
Leads et Bristol ainsi qu' une très
petite commune dans l'Ouest de l'Angleterre.
s’inspirent de Seattle (Etats-Unis)
qui avait réalisé un indicateur
sur la fréquentation des saumons
dans la rivière. C'était intéressant
car cela concernait autant l'environnement
que le patrimoine, l'histoire et l'économie
avec l'industrie forestière.
La New Economic Foundation (NEF) a beaucoup
aimé l'idée de manier l'information
sur le développement durable en même
temps que la participation des groupes locaux
alors que le contexte institutionnel est
très centralisé.
Pour favoriser la participation, on s'est
rendus compte qu'il fallait inclure les
enfants dans la réalisation des indicateurs.
Cela devient un projet pour l'école
et favorise la diffusion de l'information.
Dans des villes, les enfants comptaient
le nombre de grenouilles dans les étangs.
Un comptage facile mais qui donne des indications
sur le niveau de pollution de l'eau et de
l'air.
Au fil des années, les indicateurs
ont élargit leurs thématiques
aux questions de chômage, de qualité
de vie, l'enfance.
Cette multiplication d'initiatives a permi
à la NEF de travailler avec les institutions
statistiques à la création
d'un niveau d'informations communal qui
n'existait pas. Au Royaume Uni, on trouve
ainsi des données statistiques pour
les villes de plus de 5000 habitants.
Que révèle la première
évaluation sur 150 projets ?
Le constat global est que les idées
de promotion du débat entre les citoyens
ont très largement avancé,
mais il est encore difficile d'influer sur
le processus de décision.
10 à 15 % des projets ont réussi
à modifier le mode et la base des
décisions locales.
Un bon exemple est la Ville de Bristol.
Un groupe de jeunes engagés dans
le processus a déterminé un
indicateur de pauvreté et d'exclusion
: le nombre d'élèves qui vient
à l'école sans avoir pris
un petit-déjeuner. Ils ont été
choqués par les chiffres et des clubs
de petit déjeuner se sont créés
dans les écoles grâce à
une réponse politique très
rapide.
Faire des indicateurs sur de grands enjeux
sociétaux est important pour élever
le niveau de connaissance des gens. Mais
si on ne peut pas trouver de solution locale,
cela devient théorique et cela diminue
l'énergie du groupe.
En, même temps si on ne choisi que
des petits problèmes qui se règlent
en deux semaines, cela crée aussi
des tensions. Dans chaque système
d’indicateurs on mélange maintenant
les échelles de gravité.
Quels étaient les atouts
de ces 10 % de démarches participatives
considérées comme réussies
?
La communication est capitale. Dans le cas
de Bristol, mille personnes sont engagées
chaque année dans l'élaboration
des indicateur et les résultats sont
relayés à un public beaucoup
plus large à travers des documents,
des roads show...
Il faut impliquer les élus dans l'élaboration
des indicateurs autant que les citoyens
afin que la démarche des groupes
locaux soit suivie de décisions tangibles.
Ensuite, il faut situer les projets sous
la responsabilité du bureau du chef
du conseil et pas dans le département
de l'environnement. En Angleterre, on dit
toujours qu'il se trouve dans un placard...
Il faut donc s'assurer de l'appui du chef
de cabinet.
Un autre facteur de réussite est
d’avoir une ville avec une identité
bien ancrée. Nous avons eu quelques
projets avec des banlieues très défavorisées.
Il est toujours possible de mobiliser un
groupe d'une dizaine de personnes, mais
les indicateurs auront beaucoup de mal à
faire changer les choses. Dans ces cas,
il faut d'autres moyens comme développer
les banques du temps [équivalent
des des systèmes d’échanges
locaux en France]. C’est un projet
tangible pour des gens qui vont commencer
à échanger. Après,
cela génère des chiffres,
des données et là les indicateurs
deviennent pertinents.
Développez-vous de nouveaux
outils ?
Nous avons fait des études dans quatre
communes sur un outil qu'on appelle Plugging
the leaks (1). On considère
l'économie locale comme une passoire
qui laisse fuir l’argent. Il faut
comprendre où sont les trous et ensuite
les boucher. C'est le principe de l’effet
multiplicateur de la monnaie : dans une
communauté locale, si un euro change
trois fois de main sans sortir du circuit,
il produit un effet positif sur l'économie
locale, en dessous, il a été
inutile.
Et le processus de mesure est lui-même
participatif ?
C'est un peu technique, mais il faut inclure
les gens pour savoir s’ils vont dans
les petits magasins ou les supermarchés...
On fonctionne avec des questionnaires et
nous intégrons un maximum de commerçants,
des entreprises et artisans locaux. Ils
voient le projet comme la réalisation
d’un budget familial, mais à
l’échelle de la ville.
*. La
New Economics Foundation est un organisme
indépendant de recherche économique
appliquée. Depuis sa création
en 1986, la NEF axe ses travaux sur l’économie
du bien-être, à travers l’appui
à des projets de terrain, une activité
d’édition et la création
d’outils d’évaluation
et de participation. Alex Macgillivray
a travaillé sur des projets d’indicateurs
locaux. Il est le coauteur du livre Les
Villes fantômes britanniques, consacré
à l’appauvrissement socio-économique
des petites villes.
1. "Boucher
les trous"