Pôle de Socio-Economie Solidaire





   
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  05 septembre 2008
Pôle de Socio-Economie Solidaire Evaluation plurielle et indicateurs de richesse

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Par Julie Matthaei, Jenna Allard & Carl Davidson
avril 2008


Forum Asiatique pour une Economie Solidaire
Manille (Philippines)
17-20 octobre 2007
novembre 2003
Des indicateurs sur lesquels on peut compter

OUTILS. Fini nos vies jugées sur le taux de croissance et rythmées par les indices boursiers ! De nouveaux indicateurs de richesses permettent désormais dévaluer l'utilité sociale des activités économiques, pointant ainsi les défauts de notre mode de développement.
Propos recueilli par Philippe Jacquot

Article paru initialement dans le hors-série n°38 de la revue Politis, consacré au Forum Social Européen, novembre-décembre 2003


"Si le monde entier avait le même impact écologique que la France, il faudrait près de trois planètes pour espérer vivre de façon durable." (1) Constat choc, chiffre simple, le calcul de l’ Empreinte écologique, indicateur du WWF (World Wildlife Foundation), répond aux deux critères de l’indicateur efficace : il rend visible une mesure environnementale complexe et renverse l’échelle de mesure de l’état du monde : déficit écologique contre croissance économique.

Une problématique sur laquelle nombre de chercheurs, ONG, groupes de réflexion travaillent aujourd’hui sur le plan du développement durable et du renouvellement de la conception des facteurs de richesse. Car l’enjeu pour l’ensemble des promoteurs de l’économie sociale et solidaire et plus largement d’un autre mode de développement est double : élaborer les outils d’évaluation de sa propre action et trouver les mots, ou plutôt les chiffres qui médiatisent leur vision alternative.

Dans ce domaine, l’indicateur de développement humain (IDH), établi par le Programme des Nation unies pour le développement (Pnud), fait figure d'emblème. Depuis 1990 et au plus haut niveau d’un organisme onusien reconnu, cet indicateur a insinué dans les esprits d’un large public, le décalage entre richesse du PNB d’un pays et pauvreté de sa population.

Amartya Sen, prix nobel d’économie et coconcepteur de l’IDH avait d’abord refusé l’idée de réduire en une valeur sommaire les dizaines de mesures répertoriées par le Pnud sur l’éducation, la mortalité infantile.... Il écrira finalement dans le Rapport du Pnud 1999 : "Cet indicateur simple était clair et a (...) permis à la réalité complexe contenue dans le reste du rapport de trouver un lectorat intéressé."

Dans un rapport (2) commandé par la Dares, l’économiste Jean Gadrey, a établi un panorama international à la hausse depuis les années quatre-vingt-dix de ces nouveaux indicateurs : IDH; Indicateur de progrès véritable (ou GPI) en vogue au Canada, indicateur de santé social créé par des ONG américaines... Ces indicateurs alternatifs se multiplient, plus souvent portés par des ONG que par des Etats. Hors, estime Jean Gadrey "pour qu'un indicateur ait un poids politique, il est absolument indispensable qu'il soit pris en compte à un moment donné par le politique et le décideur."

De fait, le taux de croissance ou encore les indices boursiers continuent de rythmer nos vies, de fait la France accuse un retard de production de nouveaux indicateurs de richesse, alors que le débat avait pris, avant mai 2002, une ampleur ministérielle : "A l’époque, l’un des objectif de la mission Reconsidérer la richesse confiée par Guy Hascoët, secrétaire d’Etat à Patrick Viveret était de donner en France et au Parlement, un bilan environnemental et social en même temps et au même niveau que les Comptes de la nation."

En dehors de cette Mission qui, sans être enterrée a perdu de sa vigueur depuis la disparition du Secrétariat d'Etat à l'Economie solidaire, d’autres tentent de formaliser un cadre d'exercice clair des nouveaux indicateurs. Notamment le Collectif nouvelles richesses, regroupant acteurs de l’éducation populaire et de l’économie solidaire, branche "société civile" toujours active de la Mission richesse.

Le BIP 40, Baromètre des Inégalités et de la Pauvreté du RAI (Réseau d’Alerte sur les Inégalités) a ouvert le ban à la veille des présidentielles 2002. Cet indicateur agrège, avec la part de subjectivité inhérente à tout construction d’indicateur synthétique, des séries statistiques relatives à l’état social de la France (taux de chômage, nombre d’expulsions...). Si "des informations ont manqué en matière d’inégalité face à la santé," explique Pierre Concialdi, chercheur à l’IRES et animateur du RAI, “ le BIP 40 est la mise en forme de sources statistiques disponibles. ” Elles existaient isolément, il suffisait de les rassembler et leur donner un sens. Réalisé à titre bénévoles par des statisticiens et des chercheurs intégrés à des structures publiques, le BIP 40 démontre que le cadre associatif est nécessaire à l’émancipation de tels outils, aiguillons des politiques publiques. La création d’un site Internet envisagé pour la fin de l’année pourrait lui donner un nouveau souffle.

L’Alliance pour un monde responsable, pluriel, et solidaire réunit au niveau international des citoyens autour des grands enjeux planétaires. En son sein, le Pôle socio-économie solidaire s’empare depuis quelques mois de la question des indicateurs à travers un "chantier" qui se veut carrefour d’échange, lieu de production de débats pour favoriser la visibilité internationale de cette question.

Laurent Fraisse, chercheur au Laboratoire de sociologie du changement des institutions (Sed-LSCI) et animateur du chantier “ nouveaux indicateurs ” constate la nécessité d’un questionnement transversal sur les outils d’évaluation de l’économie solidaire, le commerce équitable, la finance solidaire : "il y a une quête de légitimité du mode de fonctionnement et de reconnaissance de leur finalité par les acteurs de l’économie sociale et solidaire face au reste de la société."

Comprimés par des subsides publics restreints (cf. Les coupes dans les budgets des associations) et par un MEDEF, contradicteur virulent de leur volonté de différenciation du marché, ces mouvements ont à définir leur champs d’action spécifique par référence à l’utilité sociale. Et celle-ci résonne fortement comme une "contribution assez originales et spécifiques à la production de richesse vue dans un sens renouvelé.", estime Jean Gadrey qui vient de rendre un rapport à la DIES sur l’utilité sociale des organismes de l’économie sociale et solidaire.
Même si l’on est loin d’une définition commune des critères de l’utilité sociale, la nécessité de créer des outils d’évaluation de l’impact social fait son chemin. Pour preuve les quelques travaux en cours parmis certains mouvements :

Le Mouvement pour un développement solidaire, membre du Collectif nouvelle richesse entame actuellement un projet de recherche-action visant à "prendre en compte au niveau local les richesses produites dans une optique de développement humain et d’économie solidaire."

Le Collectif Cerise qui regroupe quatre des plus importantes structures d’appui françaises (Gret, CIDR, Cirad et Iram) (3) aux institutions de microfinance a participé à l’élaboration et maintenant au test d’indicateurs de performance social des institutions de microfinance. Une démarche peut-être plus facile pour un secteur rompus aux règles des indicateurs de performance financière mais qui n’avait, jusque-là pas cherché à vérifier l’impact social de ses produits.

Enfin le commerce équitable a connu son premier grand oeuvre d’évaluation avec Artisans du Monde qui a demandé au CIEDEL(Centre international d’étude pour le dévelopement local), avec l’appui de bénévoles, d’évaluer l’impact de 25 ans de commerce équitable sur les producteurs du Sud.

Une évaluation dont la restitution finale (faite fin septembre) souligne la difficulté de favoriser une évolution du développement local, au-delà de l’augmentation du revenu du producteur.

Mais faire le pas de l’évaluation de son utilité social reste un pas capital car, comme le note Laurent Fraisse : "il faut gérer une tension permanente et durable dans le questionnement de l’économie sociale et solidaire qui est : fait-on de l’économie autrement ou sommes-nous là pour palier aux défaillances du système ?"



Notes

1. Extrait du rapport planète vivante 2002 du wwf avec le PNUE.
2. Les indicateurs de richesse et de développement. Un bilan international en vue d’une initiative française, DARES Mars 2003. www.travail.gouv.fr/etudes/pdf/indicateurs.pdf
3. Groupe de recherche et d’échange technologique (Gret), Centre international de développement et de recherche (CIDR), Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Institut de recherche et d’application des méthodes de développement (Iram).



   

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